Accueil du site > Mobilisactions > Paniers percés et fruits de la colère

Paniers percés et fruits de la colère

lundi 23 août 2010, par Pcf Nanterre

Le 19 août dernier, le PCF co-organisait avec le MODEF dans plusieurs villes d’Île-de-France, une vente solidaire de fruits et légumes. Il s’agissait de dénoncer les marges excessives de la grande distribution, mais également de venter les vertues d’une agriculture durable, respectueuse de l’environnement.

À Nanterre, les 1.500 kg de fruits et légumes proposées ont fait le bonheurs des habitants du Parc et du Petit Nanterre.

Correspondant sur place pour le journal L’Humanité, Loïc Ramirez (par ailleurs jeune militant communiste de Nanterre) et Marie Houx nous ont généreusement accordé le droit de publier leur article.


Hier s’est déroulée, dans différentes villes d’Île-de-France, la vente directe de fruits et légumes, à l’initiative du Parti communiste et du Modef. Reportage à Paris et à Nanterre.

« J’espère qu’il y aura des poireaux parce que là on fait le poireau », s’amuse à dire Lucette, dite « Nénette ». Elle et ses deux copines, Odette et Alima, sont déjà présentes sur la place du marché, avenue Pablo-Picasso, à Nanterre. Elles attendent, ce jeudi, que débute la vente directe de fruits et légumes organisée par le PCF et le Modef, à 10 h 30. « Ils arrivent », rassure le militant André Landrain, qui débarque sur les lieux, vignettes de la Fête de l’Humanité à la main et le slogan « produit de banlieue rouge » sur son t-shirt.

Les militants installent les tables, tandis que la place se remplie peu à peu. « Signez la pétition contre le projet gouvernemental sur les retraites  », scande Daniel Lependu qui, déjà, tend son stylo aux citoyens présents, un autocollant PCF sur le torse. Entre communistes et habitants, le contact est facile, familier. Les camions arrivent et le déchargement des produits commence. Dans les caisses il y a tomates, salades, melons, prunes et nectarines. La foule, déjà compacte, se resserre autour des tables. « Une bonne chose cette vente, surtout quand on est fauché », ironise Odette, « depuis qu’il y a l’euro tout augmente  ! Ils ont même augmenté de 6euros l’électricité ». « Et le gaz  ! » ajoute Lucette, « avec ce qu’on touche comme retraite, ça devient difficile de tout payer ».

Un casque sur les oreilles, Karl, étudiant et habitant du quartier, attend son tour. «  C’est vrai que lorsqu’on achète des articles en grande surface, rapidement les prix grimpent, et pour peu de chose  », dit-il. Débordée, Annick Herbin avertit la soixantaine de clients impatients qu’elle «  ne peut pas servir tout le monde en même temps  ». Sous les arbres, la petite place continue à se remplir et une quinzaine de militants PCF s’activent désormais à la tâche. Autour d’eux, cabas, paniers et poussettes s’entremêlent et se bousculent. «  C’est un peu le fouillis  », témoigne Véronique. «  Pour les prix, ça dépend le produit  », témoignent Fatima et Fathia, habitantes du quartier, «  parfois c’est plus cher qu’au marché, parfois ça l’est moins, mais la qualité est superbe  ».

À paris, Qui a dit que l’amour était dans le pré  ?

Se frayant un chemin entre les files d’attente, Liliane Zelty distribue des tracts avec pour slogan  : «  Solidarité avec les producteurs et les consommateurs  !  » «  C’est bien de faire ça, avec l’euro la vie est dure… Sarko, à peine élu, il s’augmente son salaire. Jamais vu ça  !  » s’indigne un homme. «  Signez la pétition sur les retraites, ne les laissons pas faire  !  » continue de clamer Daniel. Puis, se tournant vers une dame, il confie  : «  La rentrée sera chaude.  »

La salade à 1 euro, le melon à 1,50 euro, 2 kg de poires à 5 euros… «  On avait presque oublié que de tels prix étaient possibles  !  » s’exclame Ina, venue place de la Bastille pour acheter «  des produits frais à un prix raisonnable  ». «  Une action de solidarité avec les producteurs  », précise-t-elle, pour protester contre les intermédiaires «  qui s’en mettent plein les poches  ». Cette petite dame aux cheveux blancs repart, notamment, avec une cagette de prunes «  à partager avec les voisins… et le reste pour les confitures  !  ». Tout juste rentrés de vacances, Armelle et Germain ont fait le déplacement avec leur petit garçon de dix-neuf mois. Très sensible à ce genre d’action permettant de «  dénoncer les pratiques scandaleuses de la grande distribution  », ce couple issu de familles d’agriculteurs participait déjà à une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) à Bagneux, avant de déménager à Paris.

Du côté des cultivateurs, on se réjouit du soutien des consommateurs. «  Il y a dix ans, la grande distribution était considérée comme la panacée  », précise Jean-Pierre, producteur de pommes et de kiwis, arrivé dans la nuit à Paris pour aider ses confrères. L’opinion publique est désormais convaincue du bien-fondé de l’économie locale qui «  permet une meilleure traçabilité des produits et favorise un juste prix pour le producteur et le consommateur  ». Un avis que partage Raymond Girardi, agriculteur près de Marmande et secrétaire général du Modef  : «  Les acheteurs ne voient plus seulement cette vente directe annuelle comme une bonne affaire, ils ont conscience de la grave crise que traversent les cultivateurs et sont choqués des marges prises par la grande distribution.  » L’exemple du prix du kilo de nectarines est frappant  : «  Acheté 0,70 euro au producteur, il est revendu près de 4 euros en supermarché  !  » Les agriculteurs, dont le revenu a baissé de moitié en deux ans, proposent pourtant des solutions pour remédier à cette situation injuste  : «  Il suffirait d’établir un calendrier d’importations et d’appliquer de nouveau le coefficient multiplicateur pour contrôler les marges  », explique Raymond Girardi. Tous s’accordent pour dire que «  c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités  ». Plus localement, Ian Brossat, élu au Conseil de Paris, propose d’«  inciter les cantines scolaires  » à recourir à ces produits tout au long de l’année grâce à un bonus.

Pour Xavier Compain, membre du Conseil national du PCF, «  l’amour n’est pas dans le pré  » au vu du désarroi des producteurs. «  Les politiques de libéralisation des prix agricoles menées depuis 1986 ont été dévastatrices  », souligne l’agriculteur. Il conclut sur la nécessité de «  légiférer pour une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre producteurs, consommateurs et distributeurs  », une mesure qui s’inscrit pleinement dans l’exigence d’une «  politique publique de prix agricoles  » défendue par le PCF.

Marie Houx et Loïc Ramirez

Photos : André Landrain, via Banlieue-Monde

Documents joints

SPIP | Espace privé | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0